Hommage à Souleymane Diallo : les larmes du Maître ! (Par Yousous Sall)

« Vous ne voyez pas mes larmes, parce qu’elles coulent à l’intérieur ». C’est le verset le plus captivant du dernier poème qu’il m’a soumis en correction. Pour le littéraire que je pense être, je ne peux pas  ne pas être sensible à cette juxtaposition de mots bien choisis. Si Bob Marley est considéré comme un prophète par les rastas, c’est parce qu’il a chanté dans les derniers instants de sa vie « natural mystic ». Une chanson dans laquelle il parlait de la maladie qui le terrassait et du caractère inéluctable de la venue prochaine de la mort. A la lumière de cette phrase du poète, quelques questions me brûlent les doigts. Avait- il en vain lancé les signaux d’une maladie qui le rongeait à petit feu ? Etait- il en train de lutter inlassablement contre une maladie qu’il espérait dominer ? Quoiqu’il en soit, Souleymane Diallo est parti pour ne jamais revenir.

Il était mon élève certes, mais il fut aussi un ami, un frère. Le métier d’enseignant a ses mystères. L’accomplissement de la tâche nous amène souvent à faire la découverte de personnes merveilleusement bien. Autant dire que par la force des choses, une famille était née entre les élèves et moi. Nous brûlions de passion pour l’écriture et l’art oratoire. Et le Club de Littérature d’Art et de Philosophie (CLAP) sera notre cadre d’expression et d’échange.

Souleymane était un élève calme, sérieux et travailleur qui manifestait un goût débordant pour la  littérature. Même s’il n’a jamais été dans une de mes classes, force est de constater que le Seigneur avait croisé nos destins à travers les lettres. Je me souviens encore de ce jour où, pendant la récréation, il m’interpella au beau milieu de la cour de l’école en ces termes : «  Je suis slameur, j’ai même écrit beaucoup de textes poétiques ».  Pour  me convaincre de son talent, il se mit, sans hésitation, à déclamer un de ses poèmes. Le texte portait sans doute sur une éventuelle unité africaine. Tout dans sa prestation laissait entrevoir un Martin Luther King dans ses prêches.

Ne pas faire un témoignage sur toi serait un péché capital. Ceci me fait penser à cette assertion de Shakespeare dans Hamlet «  Cette contrée ignorée dont nul voyageur ne revient. » Comme tous les morts, tu as donc entrepris ce voyage sans retour, Jules. Pouvait-on s’imaginer que cette courte maladie t’arracherait à notre affection ? Décidément, cette vie est ingrate, rien d’éternel exceptée la divinité ! Mais S M D, tes parents, tes amis de même que tes compagnons de galère – je veux dire tes camarades de classe – savent que tu as accompli ta mission de la plus noble des manières. Tu naquis noblement, tu vécus dignement et enfin tu mourus fidèlement ; l’humanité semble soumise à ces trois étapes.

 Avec des doigts tremblants sur le clavier, je m’efforce de faire ce témoignage élégiaque. Le chagrin m’étreint  car l’inattendu de ton décès est émouvant et la tristesse atteint son plus haut sommet. Il est difficile d’accepter la disparition d’un proche, surtout quand elle survient avec autant de soudaineté. Devant la brutalité du trépas, de grands penseurs ont versé dans le blasphème. Victor Hugo et Léopold Sédar Senghor méritent d’être cités à ce propos. Le premier, n’arrivant pas à croire à la mort prématurée de sa fille, Léopoldine, laisse entendre : «  j’ai failli me briser le front sur le pavé.» Le second quant à lui est plongé dans un délire mystique lorsqu’il apprend la mort accidentelle de son enfant- chéri, Philippe Maguilen. Il affirme en effet: «  J’ai dit non au médecin mon fils n’est pas mort.»  Jules faisait partie des meilleurs de sa génération, ce qui se justifie par ses bons résultats aussi bien  en classe qu’au Bac où il réussit avec brio (français 15/20 ; philosophie 14/20 à la session de 2018)

Combien de fois tu nous as gratifiés, au lycée de Nguidjilone, de tes belles prestations ? Combien de fois tu as fait le bonheur de la jeunesse de ton terroir par ton engagement citoyen?  En effet, ta loyauté, ton calme, ta sérénité font de toi un homme sage, c’est pourquoi ta compagnie était recherchée. Ta vie symbolisait parfaitement cette belle assertion d’Abraham Lincoln qui dit : «  Ce qui compte ce ne sont pas les années qu’il y a  eu dans la vie, mais la vie qu’il y a eu dans les années. »

Rien ne prédestinait ta mort. Il y a juste quelques jours, tu étais là, enthousiaste et plein de vie. Pourquoi le sort a décidé que tu partes de cette manière ? Ne pouvait-il pas te laisser savourer les beaux moments d’un jeune bachelier ? Pourquoi l’ange de la mort n’a pas permis que tes capacités de jeune poète-slameur soient appréciées de l’humanité. Veux-tu insinuer que l’essentiel c’est de partir ? Ce grand voyage qui traîne à sa suite la mélancolie, le deuil, la tristesse ou encore l’orphelinat. J’avoue que ta mort m’a permis de reconnaître davantage que tout est éphémère dans la vie. Tout ce qui mérite d’être cultivé c’est l’amour de Dieu et la connaissance du Bien.

La mort est- elle plus violente lorsque l’on  s’y attend le moins ? La faucheuse est- elle plus injuste lorsque la personne est jeune ? Quelle que soit la situation, la violence de la mort ne s’évalue pas. Sa possible et lente acceptation  dépend de chacun de nous, de notre passé, de notre histoire, de ce que nous sommes capables et prêts à endurer. Si la mort n’est pas acceptable, elle fait cependant partie du chemin de la vie. Ton chemin s’est arrêté, là, en plein vol, en plein essor, comme un oiseau blessé pour je ne sais quelle raison, par je ne sais quelle injustice de la vie. Nous ferons notre possible pour l’accepter et penser à toi avec amour et plein de douceur. Ta vie sur terre n’a été que de courte durée. Sois persuadé que nos pensées et nos actes t’accompagneront pour que ton chemin se poursuive dans le pays que tu as désormais rejoint ; nous imaginons que tu continues ta douce sieste auprès du prophète (PSL).

Nous adressons à sa mère Faty Kelly, à son père Samba Toulel Diallo, à ses frères Abou Diallo et Ibrahima Diallo à son cousin Hamady Waré, à ses amis, à ses camarades de classe, à toute la jeunesse de Nguidjilone nos condoléances les plus attristées. Que la terre de Nguidjilone lui soit légère.

 Younous SALL

Professeur au lycée de Nguidjilone

you.sall@yahoo.fr

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Auteur de l’article : Yero GUISSE

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