Un « Si long hommage » à Mariama BA (Par Abdou rahmne DIENE)

A ma très chère grand-mère Mariama Ba

Grand mère, les temps ont changé et les mœurs avec. Cela fait si longtemps que tu es partie mais mais je sens au quotidien la douceur de ta paume à travers ta si longue lettre, cette lettre dans laquelle tu avais noyé la douleur que Modou Fall t’a causée. Je dois avouer qu’en lisant tes confidences, j’ai été vigoureusement taraudé par la honte d’être un homme. Aucune femme, encore moins Toi ne mérite une telle affliction. Non pas Toi! Toi qui étais profondément convaincue de la complémentarité de l’homme et de la femme. Toi qui ne pouvais concevoir le bonheur de la femme hors des sphères du mariage. Toi qui avais le dévouement en bandoulière… tu as été héroïque dans la souffrance et tu as resplendi la valeur de toute femme.

Cependant grand mère, les temps ont changé depuis et les femmes ou plutôt certaines se sont aventurées à descendre du piédestal où tu les avais magistralement hissées.
Grand mère au moment où je t’écris ces lignes, je suis sur le point de divorcer, j’ai fait appeler les parents de mon épouse. Contrairement à toi grand mère qui avais vécu un quart de siècle de lune de miel, la mienne n’a duré que le temps d’une rose, exactement 9 mois. Tout le reste c’était infernal.J’ai vécu donc un calvaire qui a duré 5 ans.

Je dois confesser que ma femme avait fait de moi l’homme le plus heureux du monde en acceptant ma demande en mariage. Ce n’était pas gagné! Des prétendants à la pèle se bousculaient et j’étais l’heureux élu de cette beauté platonique. Hélas, cette beauté était le poison de mon mariage. Ma femme me retorque à la moindre dispute « si je sors de ce ménage, les hommes se bousculeront à mes pieds pour m’épouser. » Je tenais à elle et je voulais qu’elle reste pour ma fille aussi, alors je ravalais ma fierté et je me taisais. Elle avait toujours le dernier mot.

En 5 ans de vie commune, ma femme ne m’a jamais préparé le petit déjeuner, elle se lève tous les jours après moi. Les soirs, c’est à peine qu’elle répond à mes salutations, tellement elle est scotchée sur watsap. Son téléphone n’arrête pas de sonner et à chaque fois c’est un admirateur qui appelle. Quand je lui demande d’arrêter, elle me dit toujours « Je n’y peux rien. C’est pas ma faute si je suis une belle femme et que les hommes me désirent. » Je subissais sans réagir. Mes amis me traitaient de faible.

Avec ma famille, elle ne s’entend avec personne. Elle fait la cuisine que lorsqu’elle en a envie. Au début de notre mariage, elle m’avait demandé d’engager une bonne et j’avais accédé à sa demande. Mais quelques mois plus tard, j’ai mis fin à ses services car je ne parvenais pas à la payer. Je suis un agent de sécurité, mon salaire dépasse à peine le SMIC. Depuis, c’est ma mère qui fait la cuisine sauf quand elle en a marre de se ronger les ongles.

J’ai perdu le sourire à cause d’elle. Elle m’a dépouillé de tout amour. Que vaut la vie en couple si on ne se sent pas aimé et désiré par son conjoint? Mon épouse ne m’a jamais exprimé sa jalousie, elle paraissait si sûre d’elle. Parfois, je faisais exprès de rentrer tard, pour l’entendre me demander au bout du fil où j’étais mais jamais ce coup de fil n’est arrivé. Pire, je la trouvais profondément endormie quand je rentrais dans notre chambre. Elle était cette Maimouna qui voulait quitter sa tendre Yaye Daro. Je me battais et je me nourrissais d’espoirs. Mais, grand mère, la femme déroute toute logique. Plus je me battais pour elle Et plus elle me mordait. Et pour me pousser à bout, elle se refusait à moi depuis… 13 mois!

Après de longues tergiversations, j’ai pris enfin mon courage à deux mains pour lui demander de me quitter. Je suis déchiré par cette décision qui s’impose à moi car je l’aime toujours et je me serais contenté du minimum. Mais mes amis me répètent toujours qu’il ne faut jamais retenir une femme décidée à partir.

Oui grand mère, je vais la laisser s’envoler comme elle le souhaite, elle trouvera sûrement son bonheur auprès de cette niche d’hommes qui tourne autour d’elle sans arrêt. Quant à moi, j’ai si hâte de te rejoindre la bas grand mère pour… dormir et oublier.

Abdou rahmane DIENE
Écrivain, Journaliste Sud Fm

Partagez sur:

septembre 17, 2018

Étiquettes : , ,