Interview avec: Monsieur Malal Samba GUISSE, membre fondateur de « Fedde Pinal e CoftaalBaali Ngidjilon »

1)      Monsieur GUISSE, présentez-vous à nos internautes 

Je m’appelle Malal samba GUISSE plus connu sous le pseudonyme Sewdu (à l’image de Bathia pour les Samba). J’ai fréquenté l’école primaire de Nguidjilone, le lycée technique André Peytavin de Saint Louis, le Lycée National de Nouakchott, l’Université de Dakar (qui ne s’appelait pas encore cheikh Anta Diop et l’Université de Nouakchott. Dans ma formation, j’ai acquis des connaissances qui m’ont permis d’être Economiste, Communicateur, Animateur socioculturel, Ecrivain, Artiste musicien, Chanteur reconverti en acteur de développement. Actuellement je suis Consultant en Développement Communautaire.

2)      Vous êtes un homme de culture et l’un des membres fondateurs du mouvement associatif  Fedde Pinal Nguidjilone. Faites-nous l’historique de Fedde Pinal Nguidjilone ?

Fedde Pinal e Coftal Ɓalli Ngijilon a été créée dans une période marquée par une cassure entre ce qu’on  appelait jeunes vacanciers et sédentaires. Notons que cette cassure est l’une des conséquences de la création dans las années 70 de ce qu’il était convenu d’appeler UJIN (Union des Jeunes intellectuels de Nguidjilone) dont la seule condition pour être membre est d’être instruit. Ce qui, naturellement, a été source de frustration de ceux qui n’étaient pas instruits et qui nous voyaient comme des étrangers. Quelques améliorations ont été constatées dans les années 76-77 avec la création d’AJN (Association des Jeunes de Nguidjilone) qui se voulait unificatrice.  Mais les choses n’ont pas été faciles. C’est alors qu’il y eut, en 1980 la création de Fedde Pinal dirigée, pour la section de Nguidjilone par un nom instruit. Ce qui marqua  une  rupture, dans la mesure où c’est un non vacancier qui dirigea des vacanciers. Une façon de montrer à tous que la qualité de leader ne dépend pas du niveau d’instruction. Ainsi, pour réparer la fracture, Fedde Pinal s’est engagée dans une grande campagne d’alphabétisation, puis de formation de formateurs. Ce qui a permis d’avoir un pool de formateurs et de formatrices, tous néo-alphabètes (personnes qui n’ont appris à lire et à écrire que par l’alphabétisation en langue nationale). Il s’agissait, pour la plupart, de ceux et celles qui vont rester au village pendant l’année scolaire pour alphabétiser les autres. Cette action s’est poursuivie  jusqu’en 1981, année de la création de Jaalo Waali, une espèce de fédération d’associations de villages riverains du fleuve (aussi bien sénégalais que Mauritaniens) de Diowol à Koundel. Fédération dont la vie a connu beaucoup de difficultés, parfois trop regrettables. Parallèlement, Fedde Pinal poursuivait son action de réhabilitation et d’émancipation qui a connu un grand succès. Pour preuve, jusqu’en 1982, il était inimaginable de voir une fille jouer au théâtre, et de surcroit, sur scène.  En plus de l’alphabétisation et de la formation, la stratégie de Fedde Pinal a été de collecter des poésies que les filles mémorisaient et récitaient sur scène à chaque fois qu’il y avait une manifestation théâtrale. Le complexe disparait ainsi progressivement jusqu’en 1986, année où elles ont intégré le bureau exécutif de Fedde Pinal restructurée.  Ainsi, Nguidjilone devient une section locale comme Dakar, Saint-Louis, Matam, Nouakchott et Kaolack, toutes chapotées par un Bureau Exécutif qui a une envergure internationale (permettez-moi de m’exprimer ainsi).  Dans la même année, une grande semaine culturelle a été organisée, mettant en compétition les différentes sections locales, aussi bien au niveau du football qu’au niveau du théâtre. La première K7 audio a été produite en 1981 et la première caravane de l’amitié a eu lieu en 1995. Caravane qui alla de Dakar à Nguidjilone en passant par Ndioum et Doumga Wouro Alpha. Parallèlement aux activités Culturelles et Sportives de Fedde Pinal, ADVN s’occupait de tout ce qui est développement économique, socio-sanitaire et, fedde Pinal s’était donnée comme obligation de geler toutes ses activités, à chaque fois que l’ADVN avait besoin des mains de tous et de toutes.

3)      Vous avez joué un rôle important dans le développement de la culture à Nguidjilone. Qu’est-ce que vous retenez de votre carrière culturelle au village ?

Deux (2) périodes ont retenu mon attention, dans la vie de Fedde Pinal :

  •   -La période où ceux qu’on  appelait analphabètes sont devenus capables d’alphabétiser d’autres analphabètes. C’est la période où ils commençaient à ne rien à envier à ceux qu’on appelait intellectuels
  •     -La période où ces dits néo-alphabètes ont commencé à intégrer les instances dirigeantes de Fedde Pinal en y occupant des postes nécessitant une grande capacité de réflexion et une maitrise de l’écriture et de la lecture (rappelons que dans ses textes, la langue de travail de fedde Pinal était le Pulaar, avec la possibilité de se servir du Français comme langue d’ouverture, surtout pour les correspondances administratives)

4)      Monsieur Guissé, vous êtes également écrivain Puular et chercheur. Vous avez écrit un livre intitulé « Danga Nayeejoo » qui a connu un grand succès. Parlez-nous de ce livre et notamment les thèmes qui y sont développés ?

« Dannga Nayeejo » est un produit fabriqué à partir d’une matière première qu’on appelle contes, légendes, proverbes et devinettes issus de la tradition orale. Comme son nom l’indique, « Dannga Nayeejo » ou Calepin du Vieillard, contient pas mal de thèmes qui touchent au social, à la culture, à l’économie, à la politique mais aussi à la philosophie, etc…. Malheureusement, je n’ai pas encore trouvé de candidat pour m’aider à le traduire en Français pour que les « non pulaarophone » puissent en bénéficier.

5)      Est-ce que vous comptez faire d’autres publications ?

Trois(3) autres sont disponibles sous forme de manuscrits et je suis à la recherche d’un éditeur.

6)      Vous vivez maintenant en Mauritanie où vous avez créé une troupe théâtrale nommée Sifaa. Vous travaillez avec d’autres artistes peulhs et vous faites des tournées nationales. Est-ce que vous pouvez revenir sur votre troupe « Sifaa » et vos différentes activités culturelles ?

Je n’ai pas participé à la création de Sifaa Hanki Pinal Hannde. J’y ai adhéré en 1988 alors que c’est une association créée en 1979. Mais quand elle a eu sa reconnaissance officielle en 2002,  j’ai été désigné Coordinateur des Programmes. Et j’avais comme mission de diriger une équipe qui devait lui donner une nouvelle orientation. C’est ainsi que « Sifaa » a eu le statut d’ONG spécialisée dans le domaine de la sensibilisation par le théâtre filmé et scénique ainsi que par l’animation musicale.  Ainsi, en plus du Récépissé accordé par le Ministère de l’Intérieur, « Sifaa » a reçu une attestation de reconnaissance officielle du Ministère de la Culture de la Mauritanie qui, en plus, a accordé à chacun des membres, une carte nationale d’artiste qui donne à son détenteur ou sa détentrice la possibilité d’accéder à certains services. Par la suite, ce faut au tour du Système des Nations Unies de faire intégrer l’organisation dans ce qu’il est convenu d’appeler le Rostors des Nations Unies à travers le Fonds des Nations Unies Pour la Population (FNUAP). Ce qui a permis à Sifaa de travailler avec les organisations onusiennes, des missions de coopération, des ONG internationales établie en Mauritanie, mais aussi d’autres organisations de la société civile. Ce, à travers des caravanes qui lui ont permis de sillonner presque toutes les régions du pays.

7)      Monsieur Guissé, vous avez beaucoup contribué au rayonnement de la culture à Nguidjilone notamment le théâtre. On constate aujourd’hui un manque de mouvement associatif au village. En tant qu’ancien acteur du mouvement associatif, qu’est-ce que vous conseillez à la jeunesse de Nguidjilone ?

Ce que vous appelez manque de mouvement associatif est, à mon avis, dû à la manière dont les jeunes ont accueilli le modernisme. Ils auraient du consolider ce qui existait et voir dans le modernisme ce qui pouvait être adapté au contexte local, ou à l’inverse, comment adapter le contexte local au modernisme sans pour autant perdre ses repères.  Malheureusement, ceux qui devaient les orienter n’étaient plus là. Certains son devenus fonctionnaires ailleurs et ne revenaient au village que rarement et de manière brève, tandis que d’autres ont émigré, laissant la voie libre à la débauche et la liberté non contrôlée. Mais je vois que des jeunes comme vous commencent à prendre conscience de la situation, c’est tant mieux. Il faut maintenant que les fils du village ayant des poches pas loin de leurs mains apportent leurs contributions. Parce que dans ce monde, sans moyens surtout financiers, il n’est pas facile de réaliser une activité durable, de développement.

8)      Avec votre troupe Sifaa, est-ce que vous comptez un jour descendre à Nguidjilone pour des prestations culturelles ?

Pourquoi pas. Depuis qu’on a commencé les caravanes de sensibilisation à l’intérieur de la Mauritanie beaucoup d’associations de villages nous sollicitent. Cette année d’ailleurs nous avons eu les vacances les plus chargées avec 15 animations dont 10 à Nouakchott, quatre dans la région du Brakna et une à Nouadhibou, rien que durant le mois d’Août. Avant la fin des vacances, il nous reste 4 animations à Nouakchott, une à Rosso et une au Gorgol (région de Kaédi). Toutes ces manifestations ont été sollicitées par des associations de villages, des ONG Internationales comme Action contre la Faim (ACF) l’UNICEF, la Délégation de l’Union Européenne, etc… Il suffit donc d’étudier la faisabilité et de voir ce que cela pourrait rapporter aux différentes parties.

9)      Votre dernier mot ?

Je le résume de la façon suivante : Unissez-vous, Cherchez du savoir et Travaillez sans relâche.

Réalisé par Yéro Guissé

Blogueur, Journaliste-Citoyen

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Auteur de l’article : Yero GUISSE

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