300e anniversaire de Thierno Souleymane Baal, la pensée politique de l’érudit toujours d’actualité

La naissance, il y a trois siècles, de Ceerno Sileymaani Baal, signait la venue au monde d’un héros national dont la pensée politique va inspirer les démocraties modernes. Le centre de recherche sur le patrimoine africain (Baajoordo) a célébré, hier, à l’Université de Dakar, l’anniversaire du père de la révolution «Futanké».

 Il y a 244 ans, Ceerno Sileymaani Baal jetait les bases d’une démocratie moderne fondée sur la justice sociale, la transparence, l’équité et l’égalité des citoyens ainsi que l’alternance au pouvoir. Dans sa vision prophétique, il avait bâti un système qui inspire encore les démocraties modernes. Le héros de la liberté et «père» de la révolution du «Futanké» fût un «modèle lumineux» dont l’engagement au service de sa communauté ne souffrait d’aucune ambiguïté. Son sens de l’intérêt général et de la solidarité, ses convictions en matière de démocratie, son rapport avec le bien commun, son patriotisme… en firent un héros dont l’élégance inégalable se conjugua avec son courage de guerrier invétéré.

Ceerno Sileymaani Baal est à la fois un héros national et africain tant ses exploits étaient grandioses. Pour célébrer le 300e anniversaire de sa naissance, le Centre de recherche sur le patrimoine africain (Baajoordo) a déroulé une série d’activités sur la vie et l’œuvre de l’homme. Mais surtout de sa pensée politique qui reste toujours d’actualité plus de deux siècles après la révolution «Almaamy», laquelle lui a permis de libérer son peuple grâce à sa vision progressiste.

Pour Mamadou Youri Sall, directeur du centre Baajoordo, cette célébration est aussi importante pour la génération actuelle et la postérité en ce sens qu’elle permet de revisiter l’œuvre de Ceerno Sileymaani Baal et de suivre ses recommandations. Par rapport à l’actualité, souligne-t-il, il fallait regarder dans le rétroviseur pour faire face à ces moments de crises accentuées par le phénomène de l’émigration clandestine. Au temps de l’Almamyat, précise l’universitaire, les gens couraient pour venir au Fouta eu égard à la sécurité, la stabilité économique, politique et sociale du royaume.

Préserver les fondamentaux de la révolution

Chef de l’armée et leader de la révolution Torodo, après son triomphe, Ceerno avait choisi de ne pas être Almamy (Chef d’État) et de laisser cette place à Abdou Bakr Khadre Kane. À la surprise générale, ceci va renforcer davantage la grandeur de l’homme. En refusant de s’auto-désigner, il voulait ainsi préserver l’esprit et les fondamentaux de la révolution. Ce digne fils du Sénégal et de l’Afrique avait choisi de continuer à se battre et à servir son peuple. Dans ses expéditions guerrières, il sera tué en 1776 après un combat contre les Maures qui aurait mal tourné.

Mais, malgré sa courte existence (57 ans), Ceerno Sileymaani Baal a réussi à bâtir une réputation que le temps ne saura éroder. Son courage légendaire a défait le Satigui (souverain des Deeniyanké), régime tyrannique qui a régné pendant deux siècles et demi.

 Né vers 1720, il a appris le Coran avant de prendre les armes. Décidé d’acquérir le maximum de connaissances, il ira parfaire ses humanités jusqu’au Cayor, à Pire dans l’Université de Khaly Amar Fall où il s’initie aux livres de la jurisprudence islamique. De retour au Fouta, Ceerno active sa révolution qui aboutira au renversement du pouvoir «Deeniyanké» en 1776. Sur la base constitutionnelle, il fallait sécuriser le Fouta, le rendre indivisible, assurer l’égalité de tous les citoyens devant la justice, soumettre les conflits à l’arbitrage de l’Almamy… Aujourd’hui, c’est ce modèle d’État basé sur le code islamique, ce combat contre le système héréditaire, les enseignements de cette révolution, explique Ousmane Kane, président de l’Association Ceerno Sileymaani Baal, qu’il faut exhumer et mettre en exergue. Selon lui, il s’agit d’une manière de faire face à cette sorte de blocage à laquelle «nous» sommes toujours confrontés. «Nous avons perdu notre esprit de combativité. Il faut nous recentrer, revenir à notre histoire», estime-t-il. Déconcentration du pouvoir, la fiscalité de proximité ; transparence et rééducation des comptes… Ceerno Sileymaani Baal a dressé les traits d’un État moderne et démocratique.

Source : Quotidien national « Le Soleil »

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Blogueur, Activiste, Rédacteur Web et Entrepreneur, Yéro GUISSE est un jeune Sénégalais passionné des nouvelles technologies et des nouveaux médias. . J'essaie à travers ce blog d'apporter mes idées et mes contributions sur la marche de mon pays. Je suis pour un Sénégal des valeurs.
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