L’exploitation des phosphates de Matam et si on en parlait ? (Par Ibrahima Dia)

La région de Matam dispose d’un important potentiel minier qui comprend entre autres un gisement de phosphates avec des réserves prouvées de l’ordre de 40 millions tonnes dont l’exploitation a démarré depuis 2008 avec la SRPM et d’une grande mine d’un potentiel de 135 millions de tonnes de phosphate de chaux de très grande qualité.

La région dispose également de dolomites constituées de carbonate de calcium et de magnésium, utilisées en tant que charge minérale dans de nombreuses applications: peintures et enduits, papiers, revêtements de sol et pour amender les terres acides, d’argiles céramiques et des matériaux de construction (sable et latérite). On pourrait qualifier cette région d’un véritable scandale géologique pour reprendre l’expression du géologue belge Jules Cornet décrivant l’immensité de la richesse minière du Katanga.

Ces phosphates (ressources non renouvelable) sont exploités depuis 2014 par la société minière de la vallée (SOMIVA) qui dispose d’une importante capacité de production. Entre 2014 et 2016, la SOMIVA est passée d’une production annuelle de 416 mille tonnes à plus de 840 000 tonnes de phosphates en grande partie destinée à l’exportation vers le Liban, la Suisse, le Swaziland, la côte d’ivoire, la Pologne, le Portugal etc. L’entreprise minière SOMIVA est aujourd’hui détenue par l’Etat du Sénégal à hauteur de 10%, par la SRPM à 25% (société sénégalaise), à 64.70% par MININVEST (Société Sénégalaise), finances industries Group (Nationalité Panaméenne), Mr Ibrahima Khoury (nationalité Libanaise) et Mr Chihab Jilani Kallala (nationalité Tunisienne) qui détiennent chacun 0,10%. Les données fournies par l’initiative pour la transparence des industries extractives à travers ces différents rapports offrent une large palette d’information sur le niveau d’exploitation annuelle des phosphates de Matam ainsi que dans une certaine mesure les recettes annuelles tirées de cette exploitation.

Le contenu local, une réponse potentielle à la problématique de l’emploi ?

Conformément au code minier de 2016, les titulaires de titres miniers et leurs sous-traitants ont l’obligation d’employer en priorité, à des qualifications égales et sans distinction de sexes, le personnel sénégalais ayant les compétences requises pour la conduite efficace des opérations minières. Ces titulaires de titres miniers, leurs fournisseurs ainsi que leurs sous-traitants ont également l’obligation d’utiliser autant que possible des services et matières d’origine du Sénégal, des produits fabriqués ou vendus au Sénégal dans la mesure où ces services et produits sont disponibles à des conditions compétitives de prix, qualité, garanties et délais de livraison (article 85).

L’objectif principal visé par cette loi est de promouvoir les potentialités locales et d’impulser un développement à travers notamment la formation et l’achat local. Cela devrait nécessairement permettre la création des emplois locaux dans la chaîne des industries extractives et favoriser le développement d’une main d’œuvre locale qualifiée et compétitive. Le contenu local devrait permettre aux populations très souvent lésées par les incidences négatives des industries extractives de bénéficier des retombées sur les richesses tirées du sous-sol.

Chaque année la SOMIVA, dans le cadre de ces opérations d’exploitation, effectue des transactions avec des fournisseurs sénégalais. Au titre de l’année 2019, le volume des transactions s’élèverait à hauteur de 17 milliards de francs CFA d’après le rapport ITIE 2019. Il s’agit aujourd’hui dans le contexte de la problématique de l’emploi, d’accompagner les jeunes du Sénégal et prioritairement des régions minières à tirer pleinement profit de la loi sur le contenu local à travers la mise place des entreprises leur permettant de bénéficier des parts de marché dans la fourniture des services aux compagnies extractives. Ceci en lieu et place des emplois journaliers et précaires qui sont très loin de répondre aux besoins des jeunes qui continuent de nourrir un espoir et des perspectives heureuses dans le cadre de l’exploitation des ressources minières locales

Les mécanismes (ANPEJ, DER etc.) jusque-là développés par les pouvoirs publics comme réponses à la problématique chronique de l’emploi des jeunes sans effets positifs majeurs, devraient également réorienter leurs interventions vers le secteur extractif qui présente un excellent potentiel en matière d’emplois.

Ibrahima Dia

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Blogueur, Activiste, Rédacteur Web et Entrepreneur, Yéro GUISSE est un jeune Sénégalais passionné des nouvelles technologies et des nouveaux médias. . J'essaie à travers ce blog d'apporter mes idées et mes contributions sur la marche de mon pays. Je suis pour un Sénégal des valeurs.
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