Silence, les forces de l’ordre massacrent des citoyens au Fouta ! (Par Amadou Ba)

Au fouta “les forces de l’ordre sont partout et la justice nulle part”. Depuis, hier des images sont largement diffusées et relayées sur les réseaux sociaux témoignant des événements déplorables et inhumains qui se sont déroulés dans la commune de Bokiladji plus précisément dans le village de Yacine Lacké non loin de Thianiaf.

Sur ces images barbares, on voit des gendarmes grondés et bastonnés des jeunes sortis manifester légitimement contre des accidents récurrents sur la route nationale 2(RN2). En effet, dans cette zone, les populations sont confrontées à l’insécurité routière qui menace leurs vies. Selon les informations recueillies auprès des habitants, à l’espace d’un mois, quatre individus auraient perdu la vie par accident routière.

Devant, cette situation délétère d’insécurité publique chronique, ces populations désespérées se sont résolues à manifester leur mécontentement sur la RN2 érigée en cimetière qui engloutit à l’improviste des femmes et des hommes innocents. Les manifestants réclament la mise en place des dos-d’ânes sur les passages piétons afin de limiter l’excès de vitesse des automobilistes, source principale des accidents. Une réclamation tout à fait raisonnable et légitime. C’est dans cet exercice de droit civique légitime que les forces de gendarmerie de Semmé se sont déployées sur place pour réprimer gravement des manifestants sur un mode opératoire illégal et criminel digne des films d’actions de HOLLYWOOD. De tels scénarios ont eu lieu, quelques mois auparavant, dans la commune de Hamady Ounaré et à Aouré sous un nuage de lacrymogène dans une zone de sylvo-pastorale où vivent des ovins et des bovins.

Assurément, la bavure policière impénue est devenue un pléonasme au Fouta. Les forces de l’ordre transformées en unité de désordre oppriment puis répriment des citoyens qui réclament leur doit le plus absolu: la sécurité. Oh la sécurité! N’est-ce pas, le désir de sécurité qui a poussé les hommes à abandonner leurs libertés individuelles au profit de l’ Etat ? Certes, l’Etat détient le monopole de violence physique légitime, mais elle doit être employée pour assurer la sécurité des citoyens et non pour les menacer. Tout Etat qui ne parvient pas à assurer la sécurité de ses citoyens serait menacé à disparaître. Mieux, dans un Etat où règne impunément la bavure policière, la résistance à l’oppression n’est pas un devoir mais devient un droit naturel. Après un désengagement social et économique, l’Etat du Sénégal se revele incapable de proteger la vie des populations des Fouta. Que de terrain exproprié et vendu à l’insu des populations aux entreprises étrangères. Que des externalités environnementales et sanitaires négatives suite à l’exploitation de phosphates. Que de spoliations des biens des populations par les agents de l’Etat dans le Fouta. Pourtant, personne n’en parle.

Ces mécontentements populaires récurrents révèlent une crise de représentation politique ambiante et témoigne une distance entre les représentés et les représentants. Qu’est-ce que représenter sinon rendre présent ce qui est absent dans un certain sens pour reprendre Hannah Pitkin. Théoriquement, nos députés, présidents des conseils départementaux et maires qui tirent leur pouvoir dans nos votes, doivent ressentir nos problèmes, éprouver notre détresse, exprimer nos doléances et porter courageusement nos espoirs. Tels sont les missions de tout élu qui aspire légitimement à représenter des populations. En réalité, le constat est que ces élus sont plus animés par leurs intérêts personnels que ceux des populations livrées à eux-même aussitôt que les élections sont terminées. Pourquoi les députés du Fouta ne soulèvent pas le manque d’eau dans la commune de Bokiladji malgré un cortège d’émotion que cela avait suscité au niveau nationale. Comment peut-on rester indifférent devant le déficit d’infrastructure sanitaire dans la région de Matam? Il faudrait être aveugle pour ignorer les souffrances des populations du fouta territorialement discriminées, économiquement oubliées et médiatiquement esquivées. Il faudrait aussi être sourd pour ne pas entendre leurs cris de mécontentement quotidien. Sur ce, Robespierre, un grand artisan de la révolution de 1789 s’adressant aux représentant français à l’époque disait:
Et vous, législateurs, souvenez-vous que vous n’êtes point les représentants d’une caste privilégiée, mais ceux du peuple français, n’oubliez pas que la source de l’ordre, c’est la justice, que le plus sûr garant de la tranquillité publique, c’est le bonheur des citoyens.

Aujourd’hui le fouta désespéré et fatigué se joigne à Christophe Maé pour chanter: Il est où le bonheur, il est où? Si le mot bonheur existe, bien sûr, nous poursuivrons également la marche de Mariama ba, l’auteure d’une si longue lettre, pour aller à sa recherche.

Amadou B BA

Etudiant en master de science politique
amadoub883@gmail.com
From fouta et de sinthiou bamambe

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Blogueur, Activiste, Rédacteur Web et Entrepreneur, Yéro GUISSE est un jeune Sénégalais passionné des nouvelles technologies et des nouveaux médias. . J'essaie à travers ce blog d'apporter mes idées et mes contributions sur la marche de mon pays. Je suis pour un Sénégal des valeurs.
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