Malick Pathé Sow, artiste-musicien : Un virtuose du « Hoddu » (Portrait)

L’une des figures de proue du Dande Leñol dans les années 90, le musicien Malick Pathé Sow, qui a sorti il y a peu son sixième album « Annoore », est devenu, aujourd’hui, un ambassadeur des sonorités africaines en Europe, aux Bruxelles où il vit depuis de nombreuses années.  Ce magicien du « Hoddu » puise ses sources dans les racines de son patrimoine culturel peul.  

Une voix authentique, ample et pure que semble inspirer les dieux du fleuve du Fouta. Une musique parfaitement composée et dont la beauté touche profondément les âmes. L’artiste-musicien Malick Pathé Sow construit, depuis plusieurs années, une carrière digne d’éloges. Au rythme du Hoddu (instrument musical traditionnel peul), le natif de Ndioum (département de Podor) a choisi de faire une musique tradi-moderne pour entretenir jalousement ses racines, véhiculer du blues peul pour explorer une partie de la riche diversité culturelle du pays. Ce choix musical de Malick montre combien il est absorbé par le désir de montrer sa différence.  Son nouvel album « Annoore », la lumière divine en pulaar, est sorti dans un contexte où le monde traverse une multitude de crises. Pour relever ces défis, « nous avons besoin de cette lumière divine », explique l’artiste. Cette production musicale vient ainsi apporter de la clarté aux allées sombres de l’existence quotidienne. C’est un répertoire de chants d’espoir pour illuminer une humanité en proie à des mouvements sociaux de protestation à grande échelle sur tous les continents. Co-produit par Peulh Art et Afrik Consult, « Annoore» est disponible en streaming sur toutes plateformes, mais aussi sur les bacs depuis le mois d’octobre 2020.

En plus, cet album évoque la thématique de l’immigration clandestine des jeunes africains ainsi que de la nécessité de leur prise de conscience face aux enjeux colossaux du continent. La sortie de cet opus de Malick Pathé Sow devait lancer sa tournée internationale en Europe et en Afrique pour renouer avec les publics. Seulement, avec la crise sanitaire, tout a été reporté. « On attend la bonne nouvelle pour pouvoir continuer le chemin. Notre programme était de jouer dans les  Instituts français à Dakar, en Mauritanie et même au Mali, avant de donner un grand concert à Sorano au terme de cette tournée africaine», dévoile-t-il, ajoutant que cette soirée prévue à Sorano était une manière de communier avec le « Fiil-Fal Yidbe Malick Pathé Sow»(les fans).

Dix ans de collaboration avec Baba Maal  

Si les voyages forment la jeunesse, l’expérience enrichit le talent. Malick Pathé Sow  a très tôt eu la chance de côtoyer le leader du Dande Leñol, grande icône de la chanson sénégalaise. « J’ai rencontré son manager Mbassou Niang qui m’a vu jouer très jeune. C’est comme ça qu’il m’a présenté à Baba Maal », raconte-t-il. Après ce tête-à-tête, le musicien va aussitôt intégrer le groupe « Yeli Taaré Fouta » qui deviendra plus tard le Dande Leñol. « On était quatre personnes : Baba Maal, Mansour Seck, Mbassou Niang et moi. On sillonnait tout le Fouta, mais aussi le reste du pays et la sous-région», se rappelle-t-il.

La collaboration avec Baba Maal aura duré dix bonnes années  avant que Malick ne découvre le monde.  Quand il enregistre avec Baba l’album « Baayo » en 1991 en Angleterre, après une série de tournées, il décide de se retirer du groupe. Malick Pathé Sow s’établit d’abord en France avant de rejoindre la Belgique. Son instrument musical en bandoulière, il va poursuivre sa carrière dans ce pays. « Je voulais promouvoir le Hoddu à travers le monde. J’ai alors commencé par créer un groupe qui s’appelle Welnéré », soutient-il. Avec ce groupe qui, à ses débuts, était constitué d’un trio, ce maitre du « Hoddu » va sortir six albums. Parmi ceux-ci « Danniyanke » sorti en 1998 et produit par le « Label Palm Pictures » en Angleterre, « Diariyata » produit en 2002 chez « A3dis Production »  « Miin eh Mah » sorti en 2005 par « Zuiderperhuis ». Grâce à son groupe, Malick a fait de nombreux festivals à l’image du  Sfinks Festival d’Anvers, Las Fiestas de la música à Ginebra, Couleur Café à Bruxelles, le Blues sur Seine à Paris, Womad à Londres, Womex Danemark, Zanzibar Sauti za Busari ou encore Panaf en Algérie…Des évènements culturels internationaux de grande envergure qui ont forgé davantage le talent du musicien.

Patrimoine culturel peul  

Entre diversité, originalité et fantaisie, la musique de Malick Pathé Sow parle à tous. Elle est composée avec« l’empreinte des instruments traditionnels et modernes mais diluée par une magnifique voix suave qui puise ses sources aux fins fonds des racines de son patrimoine culturel peul ». Les sonorités de ce musicien évoquent souvent dans une dose de nostalgie des confins du Fouta. Ses expériences vocales et sonores révèlent une sensation inédite ; un refuge pour les âmes enveloppées de mélancolie et en quête de délicatesse. Originaire d’une famille Laobé, il a appris à jouer  le « Hoddu » auprès de son grand-père, à l’âge de  huit ans. «Mes grands-parents jouaient du Hoddu même si ce n’est pas leur principal métier », souffle cet ambassadeur de la musique africaine en Europe et particulièrement dans le Benelux. Avec la bénédiction de ses parents, Malick  intègre  très tôt  les troupes locales du Fouta, de son terroir.

Depuis de nombreuses années, il tourne  au Sénégal, aux Pays-Bas, en Belgique, France, en Allemagne, en Italie,  en Algérie, en Tanzanie, en Inde…Avec son orchestre Welnéré, Malick est en contact presque permanent avec les publics de différentes cultures. Il a participé à des orchestres symphoniques de 40 personnes. Aujourd’hui, l’un de ses plus grands combats reste la sauvegarde et la valorisation des instruments musicaux classiques africaines dont la Kora, le Hoddu  et le Xalam. C’est dans ce sens qu’il a pris part à des projets comme African express en Angleterre, lequel est un  programme qui a réuni plus de dix-huit musiciens sur scène qui viennent de Las-Vegas,  France,  Hollande, Burkina Faso, Mali  et Sénégal. Le leader du groupe Welnéré veut  redonner une seconde vie à tous ces instruments qu’on n’entend plus et qui, le plus souvent, ne sont que visibles dans les grands musées des cultures africaines. « Notre rôle est de faire re-consommer ces instruments aux mélomanes, de les enseigner  à nos enfants »,  laisse-t-il entendre. Malick Pathé Sow travaille déjà sur un septième album qui promet encore plus de couleurs et de sonorités. Le « roi » du « hoddu » veut continuer à écrire l’histoire de cet instrument, son histoire. 

Avec Le Soleil

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Blogueur, Activiste, Rédacteur Web et Entrepreneur, Yéro GUISSE est un jeune Sénégalais passionné des nouvelles technologies et des nouveaux médias. . J'essaie à travers ce blog d'apporter mes idées et mes contributions sur la marche de mon pays. Je suis pour un Sénégal des valeurs.
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